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Investigation objective sur la méthode de repositionnement de l’atlas
J’ai écrit cet article suite aux demandes croissantes de patients ayant entendu parler d’une méthode révolutionnaire, pouvant traiter de manière efficace, durable (à vie) et en une seule séance des maux aussi divers que : mal de nuque, torticolis, mal de dos, lumbago, sciatique, hernie discale, scoliose, nerfs spinaux coincés, rotation du bassin, douleurs dans les hanches, dans les genoux, problèmes de ménisque et autres, longueurs différentes des jambes, etc. + troubles psychiques, infirmité et dégénérescence du corps humain.
Devant la pléthore des indications et la rapidité du traitement, il est aisément compréhensible que cette méthode interpelle ! Mais qu’en est-il exactement ?
Professionnel de la santé depuis 14 ans, kinésithérapeute, ostéopathe C.O., professeur d’anatomie et formateur en institut privé et en hôpitaux, je me propose de disséquer la méthode avec un esprit scientifique, logique et objectif à votre service.
1° On peut voir apparaître sur le site du fondateur de la méthode Atlasprofilax® en première page ceci : “C'est ici, à Sierre/Siders en Valais (Suisse), qu'a été effectuée en 1993 déjà, par René-Claudius Schümperli en première mondiale, la découverte élémentaire que la première vertèbre cervicale nommée ATLAS est déboîtée (luxée) chez pratiquement chaque être humain.”
Force est de constater que Mr Schümperli est certainement très mal informé, car cette “découverte” remonte à la fin du 19ème siècle, en effet, le fondateur de l’ostéopathie Andrew Taylor Still, parle dans son livre “Philosophy of Osteopathy” publié en 1899, de l’importance de la relation tête-vertèbre cervicale (autrement dit Occiput-Atlas) et y décrit tous les maux que cela peut engendrer avec précision.
De plus dans l’ordre du traitement, il demande au praticien de commencer prioritairement par cette zone.
2° Un peu plus loin dans l’onglet méthode, on peut lire : “R.-C. Schümperli a développé une méthode en première mondiale pour corriger la luxation de l’Atlas, précise, sans danger, définitivement et en une seule séance. La méthode est naturelle, non médicale et ne nécessite aucun diagnostic.”
Pour la deuxième fois, on remarque une erreur sérieuse, car de nombreux auteurs célèbres (J.M. Littlejohn 1865-1947, W.G. Sutherland 1873-1954, H.H. Fryette) et moins célèbres (ex: L. Busquet), ont au fil du temps constaté l’importance de cette zone et développé un ensemble de techniques douces, très douces, myotensives ou manipulatives, pour réharmoniser cette zone sous le nom de techniques de l’O.A.A. (techniques pour le complexe Occiput-Atlas-Axis).
Ces techniques sont enseignées dans tous les collèges officiels d’ostéopathie, depuis de nombreuses décennies, mais contrairement à ce que prône Mr Schümperli, il s’agit d’effectuer un bilan biomécanique précis de la zone concernée (O.A.A.) et non pas de l’atlas individuellement, car celle-ci est anatomiquement reliée selon des rapports précis à l’occiput et à l’axis, avec lesquels elle entretient un équilibre dynamique.
Ce qui nous amène directement, à une troisième erreur colossale !
3° La méthode Atlasprofilax® est basée sur l’hypothèse que l’atlas déboîté est responsable d’un ensemble de maux. Il suffirait alors d’une séance pour la repositionner et faire des disparaître tous les symptômes.
Qu’en est-il au vu des connaissances biomécaniques fondées par toutes les facultés universitaires de physiothérapie du monde entier et des collèges ostéopathiques ?
L’Atlas bien que participant à un grand nombre de symptômes, lorsqu’elle est impliquée, est rarement la cause primaire (environ 5% des cas).
En effet, son équilibre est dynamique avec le reste du corps et elle permet souvent de compenser des contraintes, principalement en rotation, venant des épaules, du thorax, du bassin, etc. Sa malposition apparente est donc très souvent (95% des cas) une nécessité adaptative à des tensions provenant d’ailleurs.
Autrement dit, même si sa position en subluxation est importante à corriger, cela ne peut en aucun cas être fait sans tenir compte de l’ensemble des rapports biomécaniques engendrés par les chaînes musculaires !!!
Sinon, celle-ci reprendra immanquablement sa position subluxée dans les jours, voir les heures qui suivent le traitement !
Cette idée-concept que les éléments du corps doivent être à leur place, et qu’ils doivent y rester est complètement obsolète depuis minimum 20 à 30 ans, mais les esprits des néophytes prennent plus de temps à être informés.
En effet, l’important n’est pas que chaque chose soit bien droite et à sa place (concept hérité de l'ordre militaire), mais que la mobilité des structures ne soit pas altérée ni dans un sens, ni dans l’autre, et que les rapports des différents segments entre eux soit harmonieux.
Ce qui fait qu’un ostéopathe ne remet pas les os en place, mais qu’il libère la mobilité des articulations du patient, afin que le corps de celui-ci utilise cette mobilité harmonieuse pour s’adapter du mieux possible à sa propre morphologie.
"Seul le corps sait” est un adage qui insuffle de l’humilité et du respect vis-à-vis du corps de ses patients."
4° Dans la vidéo présentée sur le site, on peut voir expliquer avec une animation à la clef, l’importance des apophyses styloïdes, garantes de la stabilité de la position de l’Atlas.
Ce serait le bon contact des apophyses styloïdes avec les apophyses transverses de l’Atlas qui permettrait que celle-ci reste en place.
ATTENTION: Nous avons ici, non plus une erreur, mais une énormité, qui doit être absolument expliquée et corrigée, par soucis que ne soit plus jamais diffusée une information aussi grossière.
Précis d’anatomie élémentaire :
Deux os directement en contact dans le corps humain forment une articulation, donc 2 surfaces cartilagineuses au minimum (plus d’autres structures que nous n’allons pas détailler ici). Hors, il n’existe pas d’articulation atloïdo-styloïdienne (entre l’atlas et la styloïde du temporal), pas plus que de surface cartilagineuse sur l'apophyse styloïde ou la partie antérieure des transverses de l'atlas. Je peux vous le garantir à 100% en tant que professeur d’anatomie, après de longues études et des dissections sur cadavres, que je n'ai pu que constater l’absence de cette hypothétique articulation, mais je ne suis pas le seul, “tous” mes confrères et collègues, mais également les médecins et chirurgiens, je pense notamment aux stomatologues et chirurgiens maxillo-faciaux qui doivent bien sourire, à l’énoncé de cette “trouvaille” par un Suisse quelque peu farfelu !
Pour les sceptiques, quelques arguments supplémentaires : si il y avait un contact “non-articulaire” entre l’atlas et la styloïde du temporal cela serait très douloureux, je dirais même que je ne souhaiterais pour rien au monde être à la place de celui-là, car l’émergence du nerf facial passant juste à l’arrière de cette apophyse serait comprimée par le contact de l’atlas et engendrerait des crampes aux visages et de violentes douleurs sur la face (imaginez une douleur de type sciatique au visage + crampes. Aie !!!).
Mais heureusement dame nature ne nous a pas fait subir un tel sort
De plus, il faut ajouter que l’articulation entre l’atlas et l’occiput (occipito-atloïdienne) est la plus mobile de toute la colonne cervicale (il s’agit d’une condylienne), et donc qu’en aucun cas, il n’est souhaitable que l’Atlas soit fixé à l’occiput, cela perturberait profondément la mobilité de la nuque.
On penserait en avoir fini avec la démesure des énormités que l’on rencontre au sujet de la méthode Atlasprophylax®, mais non pas du tout. On trouve encore mieux !
Je dois avouer qu’il devient difficile pour moi de passer encore du temps à essayer d’objectiver la validité ou l’invalidité de cette méthode, après de telles erreurs affirmées avec tant de convictions par Mr Schumperli.
Mais par l’intérêt que je porte au lecteur, je vais continuer cet article.
5° Mr Schumperli affirme que même si d’autres professionnels de la santé utilisent des thérapies qui traite l’atlas (thérapie crânio-sacrée, ostéopathie, chiropraxie,...) celle-ci n’est jamais traitée à fond, car dit-il, l’Atlas n’est pas subluxé comme le prétendent ces professionnels, mais elle est complètement luxée, et que par conséquent seule sa méthode pourrait venir à bout de ce mal !!!
Je reste pantois devant l’orgueil colossal de cet homme, qui manque de formation élémentaire en traumatologie, à savoir : une luxation complète de l’atlas provoque immanquablement la mort instantanée de l’individu à qui cela arrive !!!
Inutile d’aller plus loin pour comprendre que cette méthode Atlasprofilax® ne tient absolument pas la route et qu'elle est basée sur des arguments fallacieux, pour ne pas dire carrément abusifs.
Ainsi l'hypothèse de base de Mr Schumperli est fausse ainsi que toute sa démonstration, et par voie de conséquence, tout ce qui s'en suit également.
Les effets que certains patients peuvent ressentir lors de ce traitement sont probablement en rapport avec l'activation transitoire du système nerveux parasympathique, dont la moitié des voies de conductions sort à proximité de l'Atlas.
NB : Certaines méthodes, comme la thérapie crânio-sacrée donneront les mêmes effets, avec nettement plus de pertinence, de longévité et de stabilité.
On peut dire que si le site Atlasprofilax® est persuasif, sachant utiliser les vecteurs de communications en vogue et même d’attirer parfois, hélas, de “vrais” professionnels (kinés et/ou médecins qui ont probablement séché les cours d’anatomie et de neurologie, où les ont bizarrement oubliés!) dans ses formations (très onéreuses évidemment). Tout ceci contribue à diffuser de fausses informations et emmener les patients vers de faux espoirs, mais de vraies dépenses 150€ la séance en moyenne. Une à deux fois seulement me direz-vous? Oui, d’accord, mais pour rien du tout, si ce n’est un effet placebo marketing !
À la question de “savoir pourquoi cette technique a connu un tel essor ces dernières années?”.
Je répondrai : “La quête de la solution miracle qui traite presque tout d’un coup, et surtout à travers laquelle : je ne suis pas responsable de tous les maux que je subis; est probablement encore un peu trop ancrée dans l’inconscient des individus.”
Cela nécessite réflexion, car après la seconde guerre mondiale où Adolphe Hitler avait emmené une bonne partie du monde dans sa folie, en rendant les juifs responsables de tous les maux de la terre.
Il serait judicieux, au 3ème millénaire, que Mr Schumperli ne rende pas l’Atlas responsable de tous les maux du corps !"
Mais de comprendre que les mécanismes de la santé sont le fruit de l’interdépendance des facteurs environnementaux, collectifs, individuels, physiques, émotionnels et psychiques qui sont à l’oeuvre pour et en chacun, et que nous avons un rôle non-négligeable dans le maintien de l’harmonie recherchée en soi et avec les autres.
Que pour être en bonne santé, il ne suffit pas de toquer à une porte, mais de faire attention à ses besoins dans les différents plans qui nous composent, d’exprimer nos ressentis et de s’adapter aux autres et aux circonstances pour couler le plus possible avec le flux de la vie.
Et bien entendu, si a un moment donné ou l’autre, on se sent dépassé ou on sent qu’il vaut mieux anticiper, il est judicieux de s’adresser à la personne compétente dans le domaine utile.
Voilà, j’ose espérer que cet article contribuera à un peu plus de clarté, pour celui ou celle qui aujourd’hui se trouvent confrontés à la pléthore d’informations en tout genre que l’on retrouve sur le web.
Joachim Roberfroid
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